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La mindfulness peut aussi améliorer votre stratégie…

Depuis quelques décennies, la méditation a migré des sommets de l’Himalaya et des temples zen japonais vers les conseils d’administration des entreprises et les antichambres du pouvoir, comme chez Apple, Google, le Pentagone aux États-Unis ou la Chambre des Communes à Londres.
 
À un niveau personnel, les leaders ont bien pris note des recherches scientifiques récentes sur les bienfaits de la méditation quant à la réduction du stress, de la pression artérielle ou encore la régulation des émotions. La méditation de Pleine Présence, ou mindfulness en Anglais – une pratique visant à découvrir et cultiver une qualité d’attention spacieuse tranquille et bienveillante dans l’instant présent – est devenue incontournable pour développer son attention et son authenticité pour tous les leaders.

Daniel Goleman et Bill George de la Harvard Business Review ont décrit la Pleine Présence comme un moyen d’écouter plus profondément et de guider ses actions par une attention claire plutôt que par les errements émotionnels ou les tendances conditionnées.

Comment intégrer des pratiques de mindfulness dans un planning stratégique ?

À une époque où les entreprises et les organisations publiques sont de plus en plus soumises aux attaques du court-termisme, au manque de vision et aux réactions superficielles à des stimuli de plus en plus pressants, cela vaut la peine de se poser la question : la mindfulness peut-elle aider les organisations – et pas seulement ses leaders – à se comporter avec plus d’attention ? De manière purement pragmatique, les leaders d’organisations peuvent-ils intégrer les pratiques de mindfulness à leur planning stratégique ?
 
Il y a soixante-dix ans, Viktor Frankl, un psychiatre autrichien qui sortait juste d’Auschwitz après des années de détention, a apporté une lumière intéressante à une question devenue classique : « Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. » écrivit-il en 1946. « Dans cet espace est notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse se situe notre liberté et notre maturité. »
 
La Pleine Présence, est en son cœur l’art de cultiver cet espace. Elle nous invite à devenir attentif aux divers stimuli internes ou externes que nous vivons et qui provoquent des réponses automatiques, immédiates, insensées à nos pensées, émotions ou actions. À l’Université de Virginie, Timothy Wilson a démontré que nos cerveaux n’ont pas la capacité d’intégrer les plus de 11 milliards d’informations nous arrivant à chaque seconde, et que, en vue d’efficacité, nous répondons sur la base de schémas, souvenirs ou associations d’idées anciens.
 
Par la pratique de la Pleine Présence, une personne peut prendre note de la façon dont son esprit réagit aux pensées, émotions, sensations et informations et voir les schémas habituels et les vieilles habitudes qui guident inconsciemment ses actes. Cela crée un espace où l’on peut délibérément choisir comment l’on parle ou agit. Les organisations comme les personnes ont de plus en plus besoin de ces espaces… Richard Rumelt de l’Université de Californie, un expert en stratégie, écrit dans son livre, Good Strategy, Bad Strategy, que l’un des composants quintessentiels d’une bonne stratégie est la capacité à prendre du recul par rapport aux scénarios internes habituels et à changer de point de vue. « Une reprogrammation perspicace d’une situation compétitive peut créer des scénarios d’avantages compétitifs totalement nouveaux. Les stratégies les plus puissantes émergent de ces changements de jeu perspicaces », écrit-il.

Il est essentiel de prendre du recul.

Pour forger une stratégie sur la base de ce que Richard Chait d’Harvard et d’autres ont appelé « generative thinking », il n’est pas seulement nécessaire d’identifier toute une série cohérente de politiques ou d’actions en réponse à un problème ou une opportunité, il faut aussi élucider toute la gamme des valeurs, concepts, présupposés, préjugés et facteurs externes qui sont en jeu dans une situation de prise de décision. Il est essentiel de prendre du recul et de ne pas seulement se demander si l’équipe a identifié les plans et solutions justes, mais si elle a identifié les bonnes questions et problèmes en premier ressort. Tout cela nécessite de l’espace entre stimulus et réponse.
 
Donc, comment les organisations peuvent-elles mettre plus d’espace dans leur planning stratégique ? La réponse est-elle simplement de recruter des dirigeants qui pratiquent la méditation ?
 
Cela ne peut pas faire de mal… Steve Jobs, un méditant régulier, a fait de la mindfulness un outil pour défier les hypothèses de travail d’Apple et pour accroître la créativité de ses équipes.
 
Mais il est aussi possible de mettre de la Pleine Présence directement dans le planning stratégique ! Découvrez l’opportunité de tester la « mindful strategy » avec un groupe de vos managers et cadres supérieurs ou membres de comité exécutif de tous les horizons. L’expérience vous donnera une vision claire et une compréhension pratique de ce qui est en jeu lors des prises de décision. Alors, qu’est-ce qui marche concrètement ?
 
  1. Faites des pauses de Pleine Présence : Une approche simple consiste à intégrer des activités et moments de mindfulness dans vos réunions ou colloques. En alternant les moments de réflexion et travail stratégique avec des moments où les participants se connectent simplement à leur respiration et sensations et reconnaissent les distractions mentales, vous laissez la place à l’intuition d’émerger. Il est possible, ainsi d’intégrer des pratiques simples d’attention à votre journée de travail. Chade-Meng Tan, chez Google, a développé des dizaines de modules de méditation qui peuvent s’intégrer à une journée de travail ou à un séminaire d’entreprise.
  2. Explorez des scénarios alternatifs : il est aussi possible d’injecter un élément de mindfulness sans méditer : par exemple la planification de scénarios : ouvrir les décideurs aux nombreuses alternatives plausibles concernant l’avenir qui de manière inhérente mettent à mal les hypothèses de travail, les préconceptions et les habitudes. Des entreprises comme Shell ou des gouvernements comme Singapour ont utilisé ces pratiques – avant tout pour leur valeur heuristique – avec beaucoup de succès depuis des décennies. Un peu comme la méditation, évaluer sans jugement les divers futurs plausibles est une manière pragmatique d’éclairer des vieilles tendances de pensées non examinées jusque-là et de faire émerger de nouvelles idées.
  3. Visualisez les résultats positifs : la positivité fait partie intégrante de l’attention ouverte de la mindfulness. Le pessimisme restreint notre angle de vue, alors que l’optimisme ouvre notre attention et notre réceptivité à la nouveauté et à l’inattendu. Les leaders ont tout à gagner à visualiser l’état final de leurs projets. Cela peut être aussi simple que se poser la question : « Si tout se met parfaitement en place pour notre organisation, qu’allons-nous faire dans les dix prochaines années ? » et prendre le temps de contempler la réponse…
Des pratiques de mindfulness comme celles-ci peuvent aider les leaders – et leurs organisations – à identifier quelles idées et quelles aspirations sont importantes et quelles hypothèses limitent leur développement. Elles sont utiles non seulement pour atteindre l’éveil, mais aussi pour faire sens dans un monde qui change.
 
Alors pourquoi pas vous ?
 
En conclusion, j’espère que vous avez été suffisamment inspiré pour donner une chance à la mindfulness de vous guider dans votre stratégie. À cette fin, j’espère que vous oserez développer vos propres programmes qui vous inspirent. Si vous ne savez comment faire, nous pouvons vous aider à cela…
 
Que tout soit propice !
 
À propos de l’auteur : Éric Le Gal
 
Diplômé de l’EDC Paris en 2001, après une carrière réussie d’une dizaine d’années en entreprise, Éric Le Gal s’installe à l’Institut Karma Ling, centre bouddhiste tibétain situé en Savoie. Après deux années à concilier, études, pratique et travail pour le bien du centre et notamment l’organisation d’un forum « Économie & Spiritualité » en 2011, il effectue une retraite traditionnelle de méditation de trois ans et trois mois.
 
Devenu en 2014 lama de la tradition tibétaine, il commence à enseigner la méditation dans un contexte non-confessionnel et notamment à destination des cadres et dirigeants d’entreprise. En parallèle il prépare un Master en Consulting and Coaching for Change à l’INSEAD.
 
Au sein d’Ekwanim Management, Éric Le Gal vous propose de découvrir la Pleine Présence empathique en entreprise, des formations de leadership altruiste et humaniste et peut vous accompagner dans des situations de changement en intervenant en tant que consultant et coach.

Mindfulness Pleine Présence Leadership humaniste

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